Starbreeze: nouvelle vague de licenciements malgré le fiasco Payday 3

AuthorArticle written by Vivien Reumont
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Publication date22/01/2026

Starbreeze, studio suédois connu dans le monde entier pour sa série à succès Payday, traverse depuis plusieurs années une période agitée, marquée par des turbulences financières et organisationnelles. Malgré le lancement de Payday 3 en 2023, qui se voulait une relance décisive, les mauvaises nouvelles s'accumulent pour le développeur.

Moins de quatre mois après une première vague de licenciements, Starbreeze a de nouveau décidé de se séparer de plusieurs de ses collaborateurs. Une annonce qui n’a pas été formellement publiée par le studio, mais confirmée par les témoignages directs de plusieurs anciens employés, notamment sur LinkedIn. Le choc est d’autant plus grand que certains salariés concernés étaient présents depuis de nombreuses années, incarnant une stabilité au sein d’une entreprise en proie à l’instabilité chronique.

« Aujourd'hui, nombre d'entre nous chez Starbreeze à Stockholm avons appris une triste nouvelle. »
— Alexander Pereswetoff-Morath, ancien testeur QA

Cette nouvelle vague de départs s’inscrit dans une série d’événements troublants qui secouent l’entreprise depuis plusieurs années. Cet article revient en détail sur la situation actuelle, les témoignages des salariés licenciés, les causes possibles de ces décisions, et les conséquences pour le futur de Starbreeze.

 

Contexte : Starbreeze en crise

Qui est Starbreeze et quel est son rôle dans l’industrie du jeu vidéo

Fondé en 1998 en Suède, Starbreeze s’est d’abord illustré par des titres ambitieux comme The Chronicles of Riddick: Escape from Butcher Bay ou encore Syndicate. Mais c’est avec la franchise Payday, en particulier Payday 2 lancé en 2013, que le studio gagne une notoriété internationale. Le jeu coopératif de braquage devient rapidement culte pour sa mécanique addictive, sa direction artistique et son modèle de mises à jour fréquentes.

Cependant, le succès de Payday masque une gestion interne bien plus fragile. Starbreeze a tenté de diversifier ses activités en développant ou éditant d’autres titres, comme Overkill’s The Walking Dead, un échec critique et commercial cuisant qui a profondément entamé la santé financière de l’entreprise.

Les difficultés financières et structurelles ces dernières années

Depuis 2018, Starbreeze est embourbé dans une série de déconvenues. Après le fiasco de The Walking Dead, le studio a connu une procédure de reconstruction financière, équivalente à une sorte de redressement judiciaire suédois. Cette période a entraîné une restructuration lourde, des coupes budgétaires, des licenciements et une incertitude générale quant à l’avenir du studio.

La sortie de Payday 3 en septembre 2023 devait marquer un nouveau départ. Malheureusement, les débuts du jeu ont été largement critiqués pour ses problèmes techniques, sa faible profondeur de contenu et un système de matchmaking dysfonctionnel. Malgré des mises à jour correctives, le mal était fait. Le nombre de joueurs actifs a rapidement chuté, mettant à nouveau en péril les finances du studio.

C’est dans ce contexte de précarité chronique, après une première vague de licenciements fin 2025, qu’une nouvelle série de départs vient d’être révélée en janvier 2026.

 

Nouvelle vague de licenciements

Ce qui s’est passé récemment

En ce début d’année 2026, Starbreeze est de nouveau au centre de l’actualité – et non pour une annonce de jeu ou une mise à jour prometteuse. À peine trois mois et demi après une précédente vague de licenciements, l’entreprise suédoise a récidivé en se séparant de plusieurs de ses employés. Cette décision n’a pas été accompagnée d’un communiqué officiel, ce qui a renforcé l’effet de surprise et de désarroi parmi les équipes concernées.

C’est sur LinkedIn que la nouvelle s’est propagée : plusieurs salariés touchés ont partagé leur situation publiquement, créant un écho immédiat dans la communauté du jeu vidéo. L’absence de communication transparente de la part de la direction a été perçue comme un manque de considération par nombre d’observateurs et de professionnels du secteur.

Témoignages de premiers concernés

Le premier à prendre la parole a été Alexander Pereswetoff-Morath, testeur QA chez Starbreeze depuis plus de sept ans. Dans un message publié (puis supprimé) sur son profil LinkedIn, il évoque avec émotion la fin brutale de sa longue collaboration avec le studio. Son témoignage laisse transparaître une profonde déception mais aussi une volonté de rebondir :

« Aujourd'hui, nombre d'entre nous chez Starbreeze à Stockholm avons appris une triste nouvelle. Je suis donc à la recherche d'un nouveau poste et votre soutien me serait précieux. »

Peu après, d'autres voix se sont élevées. Sabina af Jochnick, productrice technique senior, a elle aussi confirmé avoir été licenciée. Elle occupait un poste clé dans les rouages de la production, ce qui démontre que les coupes concernent des profils expérimentés et essentiels.

Ces licenciements ne sont donc pas de simples ajustements en périphérie, mais bien des décisions qui touchent le cœur de la structure opérationnelle de Starbreeze.

 

Témoignages individuels et impact humain

Témoignage d’Alexander Pereswetoff-Morath

Parmi les départs qui ont suscité le plus de réactions figure celui d’Alexander Pereswetoff-Morath. Avec plus de sept années passées au sein de Starbreeze, principalement en tant que testeur qualité, son profil incarne une rare fidélité dans une industrie réputée pour sa forte rotation de personnel. Ce vétéran du studio avait traversé les hauts et les bas de l’entreprise, notamment le lancement compliqué de Payday 3.

Dans un message publié sur LinkedIn, qu’il a ensuite supprimé, Alexander exprimait son choc et sa tristesse, tout en gardant une certaine dignité professionnelle. Ses mots résonnent comme un avertissement sur la précarité des métiers du jeu vidéo, même pour les profils expérimentés :

« Après plus de sept ans, soit la plus longue période que j’aie jamais passée dans une même entreprise, tous secteurs confondus, il est fort probable que mon heure soit venue. »

La suppression de sa publication pourrait indiquer une pression externe ou un sentiment de réserve, illustrant le malaise qui règne autour de cette vague de départs.

Cas de Sabina af Jochnick et d’autres employés

Autre figure touchée par cette décision : Sabina af Jochnick, productrice technique senior. Elle occupait un rôle stratégique au sein de l’équipe de développement, contribuant à la coordination des aspects techniques complexes des projets en cours. Son départ confirme que ces licenciements ne se limitent pas à des fonctions dites "non essentielles", mais frappent également le cœur opérationnel du studio.

À travers les réseaux sociaux, on découvre aussi d'autres employés qui cherchent à rebondir, partageant CV et messages d’espoir. La solidarité de la communauté gaming et développement est palpable, mais elle ne compense pas la brutalité de ces séparations.

L’humain, souvent mis de côté dans les bilans économiques, est ici en première ligne. Ces témoignages rappellent que derrière chaque jeu vidéo se trouvent des hommes et des femmes passionnés, parfois contraints de tout recommencer.

 

Pourquoi ces licenciements reviennent-ils ?

Raisons possibles selon l’industrie

L’industrie du jeu vidéo traverse une période particulièrement tendue. Depuis 2023, de nombreux studios, grands et petits, ont été contraints de réduire leurs effectifs en réponse à une baisse des revenus, une saturation du marché, et un changement dans les habitudes de consommation des joueurs. Le phénomène n’est pas isolé : des géants comme Epic Games, Ubisoft, ou encore Riot Games ont eux aussi annoncé des vagues de licenciements ces derniers mois.

Starbreeze n’échappe pas à cette logique. Le développement de jeux AAA est devenu de plus en plus coûteux, et les attentes du public se sont accrues en parallèle. Dans un contexte où la rentabilité doit être quasi immédiate, les studios n’ont souvent d’autre choix que de tailler dans leurs effectifs au moindre signe de contre-performance.

Le modèle économique basé sur le live service – que Starbreeze a voulu adopter avec Payday 3 – n’a pas tenu ses promesses. Une base de joueurs déçue, une communauté qui s’essouffle et des microtransactions peu convaincantes forment un cocktail explosif pour les finances d’un studio indépendant.

Analyse des facteurs internes chez Starbreeze

Mais au-delà du contexte global, des problèmes internes propres à Starbreeze aggravent la situation. Le lancement de Payday 3 a été considéré comme un semi-échec, miné par une communication maladroite, des bugs techniques et un manque de contenu au lancement. Ces défauts ont entraîné une vague de critiques, ce qui a directement affecté les ventes et la rétention de joueurs.

"Le jeu a connu un pic de popularité très bref avant de s'effondrer. Et avec lui, les espoirs de relance pour le studio."

De plus, Starbreeze semble manquer d’une vision à long terme claire. Plusieurs projets internes seraient à l’arrêt ou en pause, faute de financements ou de ressources. Dans ce contexte, les licenciements peuvent être vus comme un moyen désespéré de réduire les coûts pour survivre à court terme, sans nécessairement s’inscrire dans une restructuration stratégique cohérente.

En l’absence de déclarations officielles, difficile de savoir si une restructuration est en cours, ou s’il s’agit d’un énième épisode d’un naufrage progressif.

 

Conséquences pour l’avenir de Starbreeze

Pour les projets en cours et Payday

Le premier impact visible de ces licenciements touche naturellement les projets en cours, à commencer par Payday 3. Déjà fragilisé par un lancement chaotique, le jeu subit désormais un ralentissement potentiel de son cycle de mises à jour. Moins de personnel signifie moins de patchs, moins de nouveau contenu, et donc une perte d’intérêt accrue pour la communauté.

Cela soulève une question cruciale : Starbreeze a-t-il les moyens de maintenir la feuille de route initialement promise pour Payday 3 ? Plusieurs voix dans la communauté s’inquiètent de voir le jeu abandonné prématurément ou soutenu de manière minimale. Les développeurs encore en poste doivent composer avec des équipes réduites, ce qui complique la résolution rapide des problèmes encore présents en jeu.

Perspectives pour les employés licenciés

Côté humain, les conséquences ne sont pas moins sérieuses. Les employés licenciés doivent désormais faire face à une concurrence féroce dans un secteur lui-même saturé de talents en recherche d’emploi. Même des profils expérimentés, comme ceux d’Alexander Pereswetoff-Morath ou de Sabina af Jochnick, doivent batailler pour retrouver une stabilité.

Heureusement, la solidarité dans l’industrie vidéoludique se manifeste rapidement : messages de soutien, partages de CV, recommandations et offres relayées sur LinkedIn. Néanmoins, cette vague de départs n’est pas sans conséquences psychologiques. Se faire écarter d’un projet auquel on a contribué pendant des années laisse souvent une trace, tant professionnelle que personnelle.

"Ce n’est pas qu’un changement de poste. C’est la fin d’un chapitre important dans une vie."

À moyen terme, ces licenciements pourraient aussi affecter la réputation de Starbreeze auprès des talents du secteur. Travailler pour une entreprise perçue comme instable ou désorganisée devient un pari risqué pour les développeurs, designers et producteurs expérimentés.

 


En quelques mots

Starbreeze traverse une nouvelle zone de turbulences. Malgré un héritage solide construit autour de la franchise Payday, l’entreprise semble incapable de retrouver une stabilité durable. Les vagues de licenciements successives, dont la dernière en date touche des profils expérimentés et fidèles, témoignent d’une crise profonde — à la fois économique, organisationnelle et humaine.

Les témoignages d’anciens employés mettent en lumière le climat d’incertitude qui règne dans les coulisses du studio suédois. Ce ne sont plus de simples ajustements, mais les symptômes d’un écosystème fragile, où les erreurs stratégiques du passé continuent de peser lourd sur le présent.

À l’heure où le secteur du jeu vidéo connaît lui-même une restructuration globale, la survie de Starbreeze passera probablement par des choix difficiles, mais aussi par un retour à l’essentiel : produire des jeux solides, soutenus par une équipe motivée et bien traitée. Pour l’instant, le studio est à la croisée des chemins. Reste à voir s’il choisira enfin la voie de la reconstruction ou s’il continuera à s’enfoncer dans un cycle destructeur.

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