
Gunzilla Games, studio encore jeune mais très ambitieux, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une polémique majeure qui dépasse largement le cadre du simple retard administratif. Plusieurs anciens collaborateurs accusent publiquement l’entreprise de ne plus verser de salaires depuis des mois, tout en exigeant la poursuite du travail. Une situation explosive pour un acteur qui s’était positionné comme l’un des fers de lance du jeu vidéo nouvelle génération, entre battle royale AAA et intégration de la blockchain.
Les accusations qui font vaciller Gunzilla Games
Des témoignages publics qui parlent de mois sans paiement
L’affaire prend racine dans une série de prises de parole publiques, principalement sur LinkedIn, où plusieurs anciens employés ou collaborateurs ont décidé de briser le silence. Le point commun de ces témoignages : des retards de paiement prolongés, parfois sur plusieurs mois, et une communication interne jugée floue, voire inexistante.
Le cas le plus détaillé est celui de Paul Creamer, ancien animateur VFX, qui affirme ne plus avoir été payé depuis octobre 2025. Selon son récit, la situation ne serait pas isolée mais toucherait une part significative des équipes. L’un des éléments les plus préoccupants réside dans le fait que, malgré ces retards, les employés auraient été encouragés à continuer leur travail, avec des promesses répétées de régularisation.
« Gunzilla Games n'a pas payé ses employés depuis des mois, mais exige toujours qu'ils travaillent. Personnellement, je n'ai pas été payé depuis octobre 2025. »
— Paul Creamer, ancien animateur VFX
Ce type de déclaration, particulièrement direct, a rapidement attiré l’attention de la communauté professionnelle et des observateurs de l’industrie. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un message isolé, mais d’un témoignage détaillé, accompagné d’un contexte précis et d’une chronologie claire.
Le cas Paul Creamer, point de départ d’une affaire plus large
Dans son témoignage, Paul Creamer explique avoir continué à travailler plusieurs mois sans rémunération, en se fiant aux assurances de la direction. Il évoque notamment une promesse selon laquelle les retards seraient liés à des difficultés temporaires de croissance, une explication relativement classique dans l’écosystème des jeunes studios.
« J’ai bêtement travaillé trois mois de plus en me fiant aux assurances que les retards de paiement seraient résolus. »
— Paul Creamer
Le témoignage prend une dimension supplémentaire lorsqu’il mentionne une intervention directe du PDG, Vlad Korolev, qui aurait assuré aux équipes que l’entreprise était rentable et que les paiements seraient effectués rapidement. Une affirmation qui, si elle est exacte, entre en contradiction frontale avec la situation décrite par les employés.
Enfin, un point notable concerne la modération de la publication initiale, qui aurait été supprimée par LinkedIn pour non-respect des règles. Ce retrait n’invalide pas les accusations, mais ajoute une couche de complexité à la visibilité de l’affaire, en limitant la diffusion directe du message d’origine.
D’autres anciens collaborateurs évoquent des salaires toujours en attente
Très vite, d’autres professionnels ayant travaillé pour Gunzilla Games ont confirmé publiquement rencontrer des problèmes similaires. Rayan Tiraghan, ancien animateur de gameplay, affirme lui aussi être en attente de paiements. Riccardo Galdieri, ancien programmeur UI, évoque quant à lui « des dizaines de personnes » concernées.
Le témoignage de Sergei Kochurkin est particulièrement marquant puisqu’il remonterait des retards de paiement dès août ou septembre 2025, ce qui suggère que les difficultés ne sont pas récentes mais s’inscrivent dans la durée.
Pris ensemble, ces récits dessinent un tableau préoccupant : celui d’un studio où les tensions financières auraient progressivement impacté une partie significative des équipes, avec une accumulation de salaires impayés et une communication jugée insuffisante par les principaux intéressés.
Off The Grid, GUNZ et le pari risqué de Gunzilla
Un studio fondé en 2020 avec une ambition AAA très visible
Fondé en 2020, Gunzilla Games s’est rapidement positionné comme un acteur atypique dans le paysage vidéoludique. L’objectif affiché : développer des expériences AAA tout en explorant de nouveaux modèles économiques et technologiques. Un pari audacieux, surtout pour un studio encore jeune, dans un secteur déjà extrêmement concurrentiel.
Dès ses premières communications, l’entreprise a cherché à se distinguer par une vision ambitieuse, combinant production de jeux à gros budget et innovation technologique. Cette stratégie a permis à Gunzilla de se faire remarquer rapidement, mais elle implique aussi des coûts de développement élevés et une pression constante sur les résultats.
Off The Grid, vitrine d’un projet plus vaste que le simple battle royale
Au cœur de cette stratégie se trouve Off The Grid, un battle royale narratif qui ambitionne de renouveler le genre en y intégrant des éléments scénarisés et des choix influençant l’expérience du joueur. Présenté comme un projet phare, le jeu devait servir de vitrine technologique et créative pour le studio.
Mais derrière cette façade, Off The Grid est aussi un projet structurant, censé s’inscrire dans un écosystème plus large. Son développement représente un investissement conséquent, et son succès est crucial pour la viabilité à long terme de Gunzilla Games.
Dans ce contexte, les difficultés évoquées par les employés prennent une autre dimension : elles ne concernent pas seulement une entreprise, mais potentiellement un projet d’envergure déjà sous pression.
GUNZ, la blockchain maison qui devait soutenir l’écosystème
L’un des éléments les plus distinctifs de Gunzilla Games reste son orientation vers la blockchain, avec la création de sa propre plateforme baptisée GUNZ. Cette infrastructure devait permettre d’intégrer des mécaniques économiques basées sur le Web3, notamment autour des objets en jeu.
Sur le papier, cette stratégie vise à offrir de nouvelles opportunités aux joueurs et à créer un écosystème durable. Dans les faits, elle ajoute une couche de complexité importante, tant sur le plan technique que financier.
Le développement et la maintenance d’une telle infrastructure nécessitent des ressources considérables. Si les revenus attendus ne sont pas au rendez-vous, ou si l’adoption par les joueurs reste limitée, le modèle peut rapidement devenir fragile. Dans ce contexte, les accusations de salaires impayés alimentent les interrogations sur la solidité globale du projet.
Ce que la direction conteste et pourquoi l’affaire dépasse le simple bad buzz
La réponse de Vlad Korolev face aux accusations
Face à la montée des critiques, la direction de Gunzilla Games a réagi en contestant une partie des accusations. Vlad Korolev, PDG du studio, aurait notamment affirmé que la situation était plus nuancée, en distinguant les employés des prestataires et en évoquant des désaccords contractuels.
Cette ligne de défense est classique dans ce type de situation, où la frontière entre salarié et freelance peut parfois compliquer les obligations de paiement. Néanmoins, elle ne suffit pas à dissiper totalement les inquiétudes, surtout lorsque plusieurs témoignages convergent.
L’absence de communication détaillée et transparente renforce également le flou autour de la situation réelle de l’entreprise. Dans un secteur où la confiance est essentielle, ce manque de clarté peut rapidement se retourner contre le studio.
Employés, prestataires, communication: une ligne de défense qui pose question
La distinction entre employés et prestataires, mise en avant par la direction, soulève une question centrale : qui est réellement concerné par les retards de paiement ? Si certains cas relèvent effectivement de litiges contractuels, d’autres témoignages suggèrent une problématique plus large.
Cette ambiguïté complique la lecture de la situation. Elle permet à la direction de relativiser les accusations, tout en laissant persister un doute chez les observateurs. Pour les personnes concernées, en revanche, la question est plus simple : le travail a été effectué, et la rémunération n’a pas été versée.
Par ailleurs, les accusations de suppression de publications et de manque de réponse aux questions des employés ajoutent une dimension supplémentaire. Elles donnent l’impression d’une communication de crise encore mal maîtrisée.
Une crise sociale qui abîme l’image d’un studio déjà exposé
Au-delà des aspects financiers, cette affaire a un impact direct sur l’image de Gunzilla Games. Le studio, déjà sous le feu des projecteurs en raison de son positionnement blockchain, se retrouve désormais associé à une crise sociale.
Dans une industrie où la réputation joue un rôle clé, notamment pour attirer talents et partenaires, ce type de polémique peut avoir des conséquences durables. Les studios concurrents, mais aussi les investisseurs et les joueurs, observent attentivement la situation.
Le risque est double : une perte de crédibilité à court terme, et une fragilisation des projets en cours à moyen terme. Pour un studio encore en phase de construction, l’enjeu est particulièrement critique.
Ce que cette affaire raconte du jeu vidéo blockchain en 2026
Quand la promesse technologique se heurte à la réalité opérationnelle
L’affaire Gunzilla Games ne se limite pas à un cas isolé. Elle s’inscrit dans un contexte plus large, celui des studios qui ont misé sur la blockchain comme levier de transformation du jeu vidéo. Si la promesse est séduisante, la réalité est souvent plus complexe.
Développer un jeu AAA est déjà un défi en soi. Y ajouter une infrastructure blockchain multiplie les contraintes techniques, financières et organisationnelles. Le moindre déséquilibre peut avoir des répercussions en chaîne, comme semble l’illustrer la situation actuelle.
Off The Grid pris entre ambitions industrielles et défi de crédibilité
Off The Grid, en tant que projet central de Gunzilla, se retrouve indirectement affecté par cette crise. Même si le développement se poursuit, l’image du jeu est désormais liée à celle du studio.
Pour les joueurs, la question n’est pas seulement de savoir si le jeu sera bon, mais aussi dans quelles conditions il est développé. Une problématique de plus en plus présente dans l’industrie, où les conditions de travail deviennent un sujet de débat.
Dans ce contexte, le défi pour Gunzilla est de restaurer la confiance, à la fois en interne et en externe, tout en poursuivant le développement de son projet phare.
Un signal d’alerte pour les studios misant sur le Web3
Enfin, cette affaire peut être vue comme un signal d’alerte pour l’ensemble du secteur. Elle rappelle que l’innovation technologique ne peut pas se faire au détriment des fondamentaux, notamment la gestion des équipes et la stabilité financière.
Les studios qui envisagent de suivre une trajectoire similaire devront sans doute redoubler de prudence. Le modèle Web3, encore en construction, nécessite une exécution rigoureuse pour éviter ce type de dérive.
Dans le cas de Gunzilla Games, l’avenir dépendra largement de sa capacité à répondre aux accusations, à régulariser la situation si nécessaire, et à rétablir un climat de confiance.
En quelques mots
Gunzilla Games traverse une crise majeure marquée par des accusations de salaires impayés sur plusieurs mois, portées par plusieurs anciens collaborateurs. Entre témoignages concordants et réponse contestée de la direction, l’affaire dépasse le simple bad buzz pour poser des questions plus larges sur la viabilité du modèle du studio, notamment son pari sur la blockchain avec GUNZ et le développement ambitieux d’Off The Grid. À court terme, c’est la crédibilité de l’entreprise qui est en jeu ; à plus long terme, c’est aussi un avertissement pour un secteur encore en quête de stabilité autour du Web3.