Le PDG de CD Projekt RED prédit une vague de jeux créés par IA
Michał Nowakowski estime qu’une vague de jeux conçus par IA approche, tout en doutant de sa capacité à remplacer la créativité humaine.

Dans l’industrie du jeu vidéo, l’intelligence artificielle n’est plus une curiosité technologique. Elle est déjà utilisée pour assister la programmation, accélérer certaines tâches de production, générer des prototypes ou encore automatiser une partie du travail créatif. Pourtant, selon Michał Nowakowski, co-PDG de CD Projekt RED, le secteur n’aurait encore rien vu. Le dirigeant du studio derrière The Witcher et Cyberpunk 2077 estime qu’une véritable vague de jeux conçus presque entièrement grâce à l’IA est en approche. Une perspective qui intrigue autant qu’elle inquiète, surtout lorsqu’elle émane d’un acteur dont les productions sont réputées pour leur ambition narrative et leur travail artisanal. Si le responsable polonais reconnaît le potentiel des nouveaux outils génératifs, il s’interroge aussi sur leur capacité à produire les expériences mémorables qui marquent durablement les joueurs.
CD Projekt RED alerte sur une nouvelle étape de l’IA dans le jeu vidéo
Une déclaration qui tombe dans un secteur déjà sous pression
Depuis plusieurs années, les grands éditeurs multiplient les expérimentations autour de l’intelligence artificielle générative. Les outils capables de produire du texte, des images, du code ou des voix synthétiques sont désormais accessibles à des coûts bien inférieurs à ceux des méthodes traditionnelles. Pour les entreprises, la promesse est séduisante : produire davantage, plus vite et avec des équipes potentiellement réduites. Dans un contexte où les budgets de développement explosent et où certains projets AAA dépassent plusieurs centaines de millions d’euros, la tentation d’automatiser une partie de la création est devenue difficile à ignorer.
C’est dans ce contexte que Michał Nowakowski a partagé sa vision de l’évolution du marché. Selon lui, le public sous-estime souvent la complexité réelle de la création d’un jeu vidéo. Derrière un produit fini se cachent des années de travail, des dizaines voire des centaines de spécialistes et une coordination particulièrement délicate. Pourtant, l’émergence de studios bâtis autour de l’IA pourrait bouleverser cette réalité. Le dirigeant affirme avoir échangé avec des entrepreneurs capables de générer un volume impressionnant de prototypes en seulement quelques jours grâce aux technologies génératives.
Michał Nowakowski, un observateur placé au cœur de l’industrie
Lorsque le co-PDG de CD Projekt RED s’exprime sur les tendances du secteur, ses propos attirent naturellement l’attention. Le groupe polonais supervise actuellement plusieurs projets majeurs, dont The Witcher 4, tout en poursuivant l’exploitation de l’univers Cyberpunk. Son expérience lui permet d’observer à la fois les défis de la production AAA et les évolutions technologiques qui traversent l’industrie.
Au cours de son intervention, Nowakowski a notamment rapporté une conversation avec le fondateur d’un studio fortement orienté vers l’IA. Ce dernier lui aurait expliqué pouvoir générer des dizaines de prototypes en l’espace d’une semaine, sélectionner les plus prometteurs puis transformer rapidement l’un d’entre eux en produit commercial. Cette approche repose sur une logique industrielle radicalement différente de celle qui domine aujourd’hui le développement traditionnel.
« Je dirige un studio principalement axé sur l'IA. Je peux avoir 40 prototypes en une semaine, dans deux semaines j'aurai cinq jeux que j'aurai sélectionnés comme étant les meilleurs et, dans trois semaines, je lancerai un jeu. »
Michał Nowakowski rapportant les propos d’un dirigeant de studio spécialisé dans l’IA.
Des jeux produits en quelques semaines : promesse ou signal d’alarme ?
Sur le papier, un tel rythme paraît presque irréel. Produire quarante concepts jouables en une semaine représente une cadence impossible à atteindre avec une équipe traditionnelle. Pourtant, les outils génératifs progressent rapidement. Des modèles capables d’écrire du code, de générer des assets visuels ou de produire des dialogues existent déjà. Combinés à des moteurs de jeu modernes, ils permettent d’accélérer considérablement certaines phases de développement.
La question est cependant moins technique qu’éditoriale. Créer un jeu rapidement ne garantit pas sa qualité. L’histoire du jeu vidéo montre que les titres qui marquent durablement les joueurs reposent rarement sur la seule vitesse d’exécution. Ils naissent souvent d’itérations longues, de choix artistiques assumés et d’une vision créative cohérente. C’est précisément sur ce point que les réserves de Nowakowski apparaissent. Le dirigeant ne nie pas que ces productions arriveront sur le marché. Il s’interroge plutôt sur leur capacité à devenir des œuvres marquantes dans un environnement déjà saturé par les sorties quotidiennes.
La création par IA, entre accélération spectaculaire et vraie question de qualité
Prototyper plus vite ne veut pas dire créer mieux
L’un des arguments les plus fréquemment avancés par les défenseurs de l’IA concerne le prototypage. Tester rapidement des idées permet théoriquement d’identifier plus vite les concepts prometteurs et d’éviter des années de développement sur des projets voués à l’échec. Sous cet angle, l’intelligence artificielle peut effectivement devenir un outil extrêmement puissant.
Cependant, un prototype n’est qu’un point de départ. Entre une démonstration technique et un jeu capable de captiver des millions de joueurs, la distance reste immense. Le level design, la direction artistique, l’équilibrage, l’écriture, le rythme ou encore le travail sonore nécessitent toujours une expertise humaine considérable. Même les technologies les plus avancées peinent encore à reproduire une vision créative forte ou une identité artistique cohérente.
Cette nuance est essentielle. La multiplication des prototypes pourrait paradoxalement rendre encore plus difficile l’émergence des véritables innovations. Lorsque des centaines de concepts sont générés automatiquement, le défi n’est plus de produire des idées mais d’identifier celles qui méritent réellement d’être développées.
Le risque d’un marché encore plus saturé
Le marché du jeu vidéo souffre déjà d’un problème de visibilité. Chaque année, des milliers de nouveaux titres arrivent sur les différentes plateformes. Sur PC comme sur mobile, attirer l’attention des joueurs est devenu une bataille permanente. Dans cet environnement, la capacité à publier davantage de jeux n’est pas forcément un avantage décisif.
Nowakowski souligne justement cette réalité. Même si l’IA permet de produire rapidement de nouveaux projets, rien ne garantit qu’ils trouveront leur public. L’attention des consommateurs reste une ressource limitée. Les joueurs disposent d’un temps libre restreint et doivent déjà choisir parmi une quantité considérable d’offres de divertissement.
Le risque est donc de voir apparaître une nouvelle forme d’inflation du contenu. Plus les barrières de production diminuent, plus le nombre de jeux augmente. Dans un tel contexte, la différenciation devient encore plus importante. Une œuvre originale pourrait valoir davantage qu’une centaine de productions générées rapidement.
Pourquoi les joueurs sous-estiment la complexité d’un jeu vidéo
L’un des points les plus intéressants de l’intervention du dirigeant de CD Projekt RED concerne la perception du public. Beaucoup de joueurs voient le produit final sans forcément mesurer la quantité de travail nécessaire à sa réalisation. Cette incompréhension nourrit parfois l’idée qu’une IA suffisamment performante pourrait remplacer facilement une partie des équipes de développement.
La réalité est plus nuancée. Un jeu vidéo moderne est l’assemblage d’innombrables disciplines : programmation, animation, écriture, design, production, assurance qualité, musique, marketing ou encore localisation. La difficulté ne réside pas uniquement dans la création de chaque élément, mais dans leur intégration harmonieuse au sein d’un ensemble cohérent.
Cette complexité explique pourquoi de nombreux professionnels considèrent encore l’IA comme un outil complémentaire plutôt qu’un remplaçant global. Plusieurs développeurs interrogés récemment par la presse spécialisée estiment que les systèmes génératifs restent limités lorsqu’il s’agit de produire un travail créatif cohérent sur le long terme ou de comprendre l’intention artistique derrière un projet.
Une révolution qui ne remplacera pas si facilement les studios traditionnels
CD Projekt RED défend encore le poids du talent humain
La position de Michał Nowakowski est intéressante car elle évite les extrêmes. D’un côté, il ne rejette pas l’intelligence artificielle et reconnaît son potentiel de transformation. De l’autre, il refuse l’idée selon laquelle la technologie suffirait à résoudre tous les défis de la création vidéoludique.
Cette prudence s’inscrit dans la philosophie de nombreux studios reconnus pour leurs productions narratives. Les succès de CD Projekt RED reposent largement sur la qualité de leur écriture, la richesse de leurs personnages et leur capacité à construire des univers crédibles. Ce sont précisément ces dimensions qui restent les plus difficiles à automatiser.
Les outils génératifs peuvent accélérer certaines tâches. En revanche, insuffler une identité à une œuvre demeure une problématique beaucoup plus complexe. C’est souvent cette identité qui transforme un jeu en phénomène culturel.
L’IA comme outil, pas comme direction artistique complète
Le débat autour de l’intelligence artificielle oppose souvent deux visions caricaturales : soit l’IA remplace les créateurs, soit elle n’a aucune utilité. La réalité se situe probablement entre ces deux positions.
Aujourd’hui, de nombreux studios utilisent déjà des outils d’assistance pour gagner du temps sur certaines opérations répétitives. Cette utilisation pragmatique semble largement acceptée. Les interrogations apparaissent lorsque l’IA commence à intervenir dans les décisions créatives fondamentales.
Plusieurs développeurs ont récemment exprimé leurs inquiétudes concernant la qualité, l’originalité ou encore les implications éthiques des contenus générés automatiquement. Certains craignent également une standardisation progressive des productions si les mêmes modèles alimentent des milliers de projets différents.
Dans ce contexte, l’avenir pourrait davantage ressembler à une collaboration entre humains et machines qu’à un remplacement pur et simple des équipes créatives.
Le défi de la confiance auprès des joueurs
Même si les jeux entièrement conçus grâce à l’intelligence artificielle deviennent techniquement possibles, une autre question demeure : les joueurs les accepteront-ils ?
Le secteur du jeu vidéo repose fortement sur la relation émotionnelle entre les créateurs et leur communauté. Les studios mettent souvent en avant leurs artistes, leurs scénaristes ou leurs directeurs créatifs. Cette dimension humaine participe à la valeur perçue d’une œuvre.
Or, une partie du public se montre déjà méfiante face à l’utilisation de l’IA générative. Plusieurs controverses récentes ont démontré que les joueurs surveillent attentivement la manière dont ces technologies sont employées. Les préoccupations concernent autant l’originalité des contenus que leurs conséquences potentielles sur l’emploi ou la créativité.
Pour les studios qui miseront massivement sur l’automatisation, le défi ne sera donc pas seulement technique. Il sera aussi culturel et commercial. Convaincre les joueurs qu’un jeu conçu en grande partie par des algorithmes mérite leur temps pourrait s’avérer aussi difficile que sa création elle-même.
En quelques mots
L’avertissement lancé par Michał Nowakowski illustre à quel point l’intelligence artificielle est en train de redéfinir les contours de l’industrie vidéoludique. Selon le co-PDG de CD Projekt RED, une vague de jeux largement, voire entièrement, créés grâce à l’IA se prépare déjà en coulisses. Pourtant, loin d’adopter un discours triomphaliste, le dirigeant polonais rappelle qu’un jeu vidéo ne se résume pas à une accumulation d’assets ou à une production accélérée. Dans un marché saturé où l’attention des joueurs est devenue la ressource la plus précieuse, la rapidité ne garantit ni le succès ni l’impact culturel. L’arrivée de ces nouvelles productions semble désormais probable. Reste à savoir si elles parviendront à offrir ce que les plus grands jeux réussissent encore à transmettre : une vision, une personnalité et cette part d’humanité qu’aucun algorithme n’a véritablement appris à reproduire.
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