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Pruebas de juegos

Test Call of the Elder Gods: une suite lovecraftienne plus ambitieuse

Plus sombre et plus mature que Call of the Sea, Call of the Elder Gods réussit son mélange d’énigmes et d’horreur cosmique.

Artículo escrito por Vivien Reumont Patrocinado

Trente ans après les événements de Call of the Sea, Out of the Blue Games replonge dans les profondeurs du mythe lovecraftien avec Call of the Elder Gods, une suite qui abandonne une partie de la poésie contemplative du premier épisode pour embrasser un ton plus sombre, plus pulp et surtout bien plus ambitieux. Entre sociétés occultes, expériences interdites, visions impossibles et énigmes archéologiques, le studio espagnol livre une aventure narrative qui ne cherche jamais à devenir un jeu d’horreur classique. Ici, l’effroi vient surtout de ce qu’on ne comprend pas encore. Et quand le voile commence enfin à se déchirer, difficile de ne pas rester happé jusqu’au générique de fin.

 

Une suite lovecraftienne qui assume son héritage

Trente ans plus tard, un monde plus vieux et plus chargé

L’un des meilleurs choix de Call of the Elder Gods réside dans son positionnement temporel. Là où Call of the Sea baignait dans une aventure mystérieuse presque romantique, cette suite prend place dans un monde marqué par les conséquences du passé. Harrison Everhart, autrefois explorateur prêt à tout pour sauver sa femme Norah, est désormais doyen en archéologie à la Miskatonic University. Fatigué, hanté et plus prudent qu’avant, il porte encore les stigmates des événements du premier jeu.

Le récit introduit alors Evangeline Drayton, étudiante en physique victime de rêves récurrents liés à des paysages extraterrestres et à une langue inconnue. Très vite, le jeu tisse un lien solide entre les deux personnages. Leur relation fonctionne parce qu’elle ne repose pas uniquement sur l’exposition scénaristique. Elle est nourrie par un passé commun, des traumatismes partagés et des non-dits qui se révèlent progressivement au fil de l’aventure.

Le scénario évite intelligemment l’écueil du simple recyclage narratif. Oui, les références à Lovecraft sont nombreuses. Oui, les amateurs du mythe reconnaîtront immédiatement certaines inspirations liées à la Grande Race de Yith, aux cultes occultes ou encore au fameux “Dark Pharaoh”. Mais le jeu ne transforme jamais ces éléments en simple fan-service. Il les utilise plutôt comme une matière première pour construire une aventure plus personnelle et plus humaine que ce que son titre pourrait laisser croire.

Cette approche fonctionne d’autant mieux que le rythme narratif est nettement plus maîtrisé que dans le premier épisode. Chaque nouveau lieu apporte une information, un danger potentiel ou une nouvelle couche de mystère. Même lorsque le jeu ralentit pour laisser place à l’exploration ou à une énigme plus complexe, on sent toujours une tension discrète en arrière-plan, comme une présence qui observe sans jamais se montrer totalement.

Harrison Everhart et Evangeline Drayton, un duo au cœur du mystère

L’ajout d’un second protagoniste jouable apporte énormément à cette suite. Harrison et Evie ne sont pas seulement deux avatars interchangeables destinés à varier les dialogues. Leurs compétences, leurs expériences et leur manière de percevoir les événements influencent réellement la progression.

Harrison agit comme un vétéran du surnaturel. Il connaît déjà les dangers qui se cachent derrière certaines découvertes archéologiques et comprend plus vite les implications des phénomènes étranges qui surgissent autour de lui. Evie, de son côté, possède une approche plus scientifique et technique. Fille d’un mécanicien, elle sait manipuler des systèmes électriques, réparer des installations et analyser certaines anomalies avec un regard différent.

Cette dualité donne lieu à plusieurs séquences particulièrement réussies, notamment lorsqu’il faut alterner entre les deux personnages pour résoudre des énigmes simultanées. L’un des meilleurs exemples intervient dans une ancienne base liée aux expérimentations nazies, où Harrison doit réactiver certains mécanismes pendant qu’Evie redirige l’énergie dans un système électrique complexe. Ce genre de puzzle donne enfin l’impression que les deux héros collaborent réellement au lieu d’exister dans des segments séparés.

Le jeu réussit également à rendre ses personnages attachants sans tomber dans les longues scènes mélodramatiques. Harrison conserve une certaine retenue presque académique, tandis qu’Evie apporte davantage d’énergie et de spontanéité. Ensemble, ils rappellent parfois les grands duos des récits pulp des années 40 et 50. Une sorte d’Indiana Jones lovecraftien où les coups de poing seraient remplacés par des manuscrits interdits, des artefacts maudits et des machines impossibles.

Une aventure pulp plus qu’un pur récit d’horreur

Malgré son inspiration clairement lovecraftienne, Call of the Elder Gods ne cherche pas réellement à terroriser le joueur. Le jeu préfère installer une inquiétude diffuse plutôt que miser sur des jump scares ou des poursuites permanentes. Ce choix pourrait décevoir les amateurs d’horreur pure, mais il correspond finalement assez bien à l’esprit du récit.

L’ambiance repose surtout sur l’idée que quelque chose dépasse totalement la compréhension humaine. Les rêves d’Evie, les visions de Harrison et cette mystérieuse substance noire qui semble corrompre tout ce qu’elle touche participent constamment à ce sentiment d’étrangeté. Même lorsque le jeu révèle progressivement ses secrets, il conserve toujours une part de mystère.

Cette retenue permet aussi à certains moments de vraiment fonctionner. Une plongée sous-marine dans une grotte ornée de fresques extraterrestres, l’exploration d’un paysage mental défiant les lois de la gravité ou encore la découverte d’une créature ancienne figée dans la glace parviennent à provoquer un véritable sentiment d’émerveillement inquiétant. Le jeu comprend qu’en matière d’horreur cosmique, montrer trop clairement les monstres retire souvent une partie de leur puissance.

 

Des énigmes plus ambitieuses, parfois brillantes, parfois abruptes

Une progression linéaire mais rarement dirigiste

Comme son prédécesseur, Call of the Elder Gods reste une aventure narrative à la première personne relativement linéaire. Pourtant, le jeu évite presque toujours l’impression d’être enfermé dans un couloir interactif. Chaque environnement donne suffisamment d’espace pour observer, expérimenter et connecter les indices à son rythme.

L’exploration repose essentiellement sur la lecture de documents, l’observation de symboles, l’étude d’objets et l’interprétation de mécanismes anciens. La formule reste classique, mais elle fonctionne grâce à une excellente cohérence entre le gameplay et le thème du jeu. On ne résout pas des puzzles abstraits placés là artificiellement. On déchiffre des messages, on manipule des artefacts ou on tente de comprendre des dispositifs liés à des civilisations disparues.

Cette logique rend les énigmes beaucoup plus immersives que dans de nombreux puzzle games modernes. Même lorsqu’elles deviennent plus complexes, elles donnent généralement l’impression de faire partie intégrante du décor et de l’univers narratif.

Le plaisir de décrypter, fouiller et recouper les indices

Le point culminant du jeu en matière d’énigmes reste probablement la séquence autour de la machine Enigma. Dans un flashback lié à la Seconde Guerre mondiale, Harrison doit décrypter des communications secrètes en manipulant correctement différents cadrans et mots-clés.

La réussite de cette séquence vient du fait qu’elle ne se contente pas d’être un mini-jeu gadget. Le joueur doit réellement comprendre comment fonctionne le système avant de pouvoir avancer. Le plaisir ne vient pas seulement du résultat final, mais du processus de compréhension lui-même.

D’autres puzzles reposent davantage sur l’observation environnementale. Certains demandent de relier des symboles aperçus plusieurs salles auparavant, tandis que d’autres utilisent intelligemment la coopération entre Harrison et Evie. Le jeu parvient régulièrement à donner au joueur cette satisfaction particulière propre aux bons puzzle games : celle d’avoir trouvé la solution grâce à sa logique plutôt qu’à un hasard heureux.

Tout n’est cependant pas parfaitement équilibré. Quelques énigmes manquent parfois de lisibilité, notamment dans le repaire du culte égyptien. Les indices deviennent alors moins naturels et certains raisonnements paraissent inutilement obscurs. Ce sont heureusement des exceptions dans une aventure globalement très bien pensée.

Un système d’aide bienvenu face aux casse-têtes les plus coriaces

Conscient que certains joueurs pourraient rester bloqués, le studio a intégré un système d’indices progressif accessible depuis le menu. L’idée est excellente, car elle permet d’éviter la frustration sans casser totalement le rythme de l’aventure.

Le jeu ne donne pas immédiatement la réponse complète. Les premiers indices orientent simplement l’attention du joueur vers certains éléments importants avant de devenir plus explicites si nécessaire. Cette approche préserve la satisfaction liée à la résolution des énigmes tout en empêchant les longues phases de blocage qui peuvent ruiner le rythme d’un jeu narratif.

Dans un genre où l’équilibre entre difficulté et accessibilité reste souvent compliqué à trouver, Call of the Elder Gods s’en sort finalement très bien.

 

Une direction artistique qui fait voyager entre science, culte et cauchemar

Des décors variés, du froid scandinave aux ruines sous-marines

Visuellement, le jeu confirme tout le talent d’Out of the Blue Games pour créer des environnements marquants. La direction artistique reprend ce mélange entre stylisation légère et réalisme déjà présent dans Call of the Sea, mais avec une mise en scène plus ambitieuse.

Chaque chapitre possède sa propre identité visuelle. Le manoir rempli de secrets de Harrison contraste totalement avec les installations occultes d’Arkham, les bases abandonnées du nord scandinave ou encore les cavernes tropicales baignées de lumière surnaturelle.

Le travail sur les ambiances mérite une mention particulière. Les lieux semblent constamment vivants. Les arbres plient sous le vent glacial, les rayons lumineux traversent les ruines englouties avec une douceur presque irréelle et cette fameuse substance noire paraît littéralement contaminer les environnements qu’elle touche.

Certaines séquences deviennent même franchement mémorables grâce à leur sens du spectacle. La traversée des profondeurs marines, entourée d’architectures anciennes gigantesques et de formes lumineuses inconnues, évoque parfois les illustrations classiques des récits de Lovecraft. Le jeu ne cherche jamais le photoréalisme absolu, mais il compense largement par une identité artistique forte.

Des cinématiques illustrées qui renforcent le ton d’aventure

L’une des idées les plus surprenantes du jeu concerne ses cinématiques. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des scènes en temps réel, Call of the Elder Gods utilise régulièrement des illustrations dessinées à la main présentées sous forme de diaporama animé.

Sur le papier, le contraste avec les séquences jouables en 3D pourrait sembler étrange. Pourtant, cela fonctionne étonnamment bien. Ce choix donne au récit une dimension presque littéraire, comme si le joueur feuilletait un vieux roman d’aventure surnaturelle oublié dans les archives de la Miskatonic University.

Cette approche renforce également le côté pulp assumé du jeu. On retrouve cette sensation de feuilleton mystérieux où chaque nouveau chapitre entraîne les héros vers une découverte encore plus impossible que la précédente.

Une ambiance sonore et vocale au service de l’étrange

L’ambiance sonore participe énormément à l’identité du jeu. Les musiques restent souvent discrètes, mais elles accompagnent parfaitement la montée progressive de la tension. Certaines compositions mêlent des sonorités presque apaisantes à des nappes plus inquiétantes qui donnent l’impression qu’un danger invisible approche lentement.

Les bruitages jouent eux aussi un rôle essentiel. Le silence total de certains lieux abandonnés devient parfois plus oppressant que les moments où la bande-son explose réellement. Le simple bruit des pas dans la neige, l’écho métallique d’une base désertée ou les remous de l’eau dans les ruines immergées suffisent souvent à installer une vraie sensation d’isolement.

Le doublage constitue probablement l’un des points forts les plus évidents du jeu. Les acteurs principaux livrent des performances crédibles et nuancées, notamment dans les moments où la peur commence à prendre le dessus sur la rationalité scientifique des personnages.

“There are truths buried beneath this world that mankind was never meant to uncover.”
“Il existe des vérités enfouies sous ce monde que l’humanité n’aurait jamais dû découvrir.”

Cette phrase résume parfaitement l’esprit du jeu et son obsession pour les connaissances interdites.

 

Notre verdict sur Call of the Elder Gods

Une suite plus mature que Call of the Sea

Là où Call of the Sea séduisait surtout par son atmosphère mélancolique et exotique, Call of the Elder Gods gagne en densité narrative, en ambition visuelle et en qualité d’écriture. Le jeu semble plus sûr de lui, plus cohérent dans sa vision et surtout plus efficace dans sa manière de mélanger aventure pulp et horreur cosmique.

L’ajout de deux protagonistes jouables apporte une vraie fraîcheur au gameplay, tandis que les énigmes profitent d’une meilleure intégration dans l’univers du jeu.

Des qualités fortes malgré des enjeux parfois trop sages

Le jeu n’est toutefois pas exempt de défauts. Certaines énigmes manquent de clarté et le scénario hésite parfois à pousser ses enjeux jusqu’au bout. Malgré son inspiration lovecraftienne, l’aventure reste relativement “sage” dans sa manière de traiter la folie, le danger ou les conséquences de certaines découvertes.

Les deux fins proposées manquent également d’impact. Même si le choix final possède une certaine portée symbolique, ses conséquences restent trop limitées pour réellement marquer durablement le joueur.

Cela n’empêche cependant jamais l’aventure de rester captivante jusqu’à son dernier acte.

Pour qui cette aventure lovecraftienne est-elle faite ?

Call of the Elder Gods s’adresse avant tout aux amateurs d’aventures narratives et de puzzle games intelligents. Ceux qui recherchent un survival horror brutal risquent de rester sur leur faim, mais les joueurs appréciant les récits mystérieux, les ambiances occultes et les énigmes bien construites trouveront ici une expérience particulièrement solide.

Le jeu réussit surtout quelque chose d’assez rare : proposer une aventure lovecraftienne qui ne se contente pas de recycler les mêmes créatures et les mêmes clichés. Il utilise l’héritage de Lovecraft comme une fondation pour raconter une histoire plus humaine, plus mélancolique et parfois même étonnamment chaleureuse malgré les horreurs qui rôdent dans l’ombre.

 


En quelques mots

Call of the Elder Gods réussit là où beaucoup de suites échouent : reprendre les qualités du premier épisode tout en élargissant considérablement son ambition. Plus riche narrativement, plus varié dans ses environnements et plus inspiré dans ses énigmes, le nouveau jeu d’Out of the Blue Games s’impose comme une excellente aventure lovecraftienne accessible même aux joueurs qui ne connaissent pas parfaitement le mythe de Cthulhu. Malgré quelques puzzles parfois frustrants et une fin un peu trop prudente, cette odyssée surnaturelle mérite clairement l’attention des amateurs de récits mystérieux et d’exploration narrative. Call of the Elder Gods est disponible depuis le 12 mai 2026 sur PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S et Nintendo Switch 2, avec une sortie directement intégrée au Xbox Game Pass.

Nuestra reseña

Puntuación

8

/10

Puntos positivos

  • Une ambiance lovecraftienne réussie
  • Le duo Harrison / Evie fonctionne très bien
  • Des énigmes globalement intelligentes et immersives
  • Une direction artistique superbe
  • Des environnements variés et marquants
  • Une aventure accessible même sans être expert de Lovecraft

Puntos negativos

  • Le jeu reste assez sage dans son horreur
  • Les deux fins sont trop similaires
  • Peu de véritable danger ou tension gameplay
  • Durée de vie relativement courte

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