Ubisoft: un employé licencié après avoir critiqué la direction

AutorArtículo escrito por Vivien Reumont
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Fecha de publicación03/02/2026

Le climat interne chez Ubisoft semble une fois de plus agité. L’éditeur français, déjà secoué par des controverses et des restructurations ces dernières années, se retrouve à nouveau au cœur d’une polémique. Cette fois, l’affaire concerne le licenciement de David Michaud-Cromp, un vétéran de la maison depuis plus de 13 ans, qui n’a pas hésité à critiquer publiquement les choix stratégiques de l’entreprise.

Ce départ forcé fait suite à des messages internes critiques, adressés à ses collègues et à la direction d’Ubisoft Montréal. Il y exprimait un fort désaccord avec certaines décisions, en particulier la fin du télétravail obligatoire, mais aussi la fermeture de plusieurs studios, l’orientation vers les jeux-service, ou encore la nomination controversée de Charlie Guillemot à la tête de la filiale Vantage Studios.

Le cas de Michaud-Cromp soulève de nombreuses interrogations : où se situe la limite entre liberté d’expression et devoir de réserve en entreprise ? Ubisoft a-t-il voulu faire un exemple ? Et plus globalement, cette affaire n’est-elle que la partie émergée d’un malaise plus profond au sein du géant du jeu vidéo ?

 

Une voix discordante chez Ubisoft Montréal

Le profil de David Michaud-Cromp

David Michaud-Cromp n’était pas un employé anodin chez Ubisoft Montréal. Fort de plus de 13 années d’expérience dans l’entreprise, il occupait un poste stratégique : celui de responsable d’équipe en charge du level design, un pilier fondamental dans la conception de jeux vidéo immersifs. Son ancienneté et ses responsabilités faisaient de lui un pilier respecté dans les équipes de production, mais aussi un témoin privilégié des évolutions – et parfois des dérives – de la structure interne.

Sa position lui conférait à la fois de la légitimité et une certaine visibilité, ce qui donne un poids particulier à ses prises de position. Ce n’est pas un simple coup de gueule d’un junior frustré, mais une critique construite d’un cadre expérimenté qui a vu les dynamiques internes évoluer de près.

Une prise de parole inhabituelle en interne

Ce qui rend cette affaire singulière, c’est qu’elle s’est d’abord jouée au sein des canaux internes de communication d’Ubisoft. Selon les informations rapportées par Insider Gaming, Michaud-Cromp a partagé plusieurs messages francs et sans détour dans les outils de messagerie d’entreprise.

Il ne s’agissait pas de simples commentaires anodins, mais de véritables prises de position remettant en cause les choix de la direction. Le ton employé – direct, voire accusateur – a sans doute pesé dans la réponse disciplinaire qui a suivi. Il n’en reste pas moins que cette parole a trouvé un écho chez de nombreux collègues, dans un contexte où le climat interne reste fragile.

La critique du retour forcé au bureau

Au cœur de sa révolte : la décision de mettre fin au télétravail. Cette politique, qui s’était imposée durant la pandémie, était largement plébiscitée par de nombreux employés pour son impact positif sur l’équilibre vie pro/vie perso, la productivité et la santé mentale.

Ubisoft, comme d’autres entreprises du secteur technologique, a décidé d’un retour progressif au bureau, en imposant à ses équipes de revenir sur site, parfois contre leur gré. Michaud-Cromp a vivement dénoncé cette décision, la qualifiant de recul social et d’aveuglement stratégique dans un contexte où la flexibilité est devenue un enjeu majeur pour attirer et retenir les talents.

« Les dirigeants ont décidé pour nous, sans écouter les équipes. Encore une fois. » – aurait résumé un de ses messages.

 

Des reproches multiples envers la direction

La fermeture de studios et les choix stratégiques

David Michaud-Cromp n’a pas limité ses critiques au simple dossier du télétravail. Il s’est également attaqué à des décisions stratégiques plus larges, notamment la fermeture de plusieurs studios, une mesure qui a touché plusieurs antennes d’Ubisoft ces dernières années.

Ces fermetures sont perçues par de nombreux employés comme un désaveu de l’innovation locale au profit d’une centralisation des ressources, voire d’un recentrage budgétaire qui pénalise les équipes les plus créatives. Michaud-Cromp a exprimé son incompréhension face à ces choix, les considérant comme le symptôme d’une gestion court-termiste, davantage dictée par les impératifs financiers que par une réelle vision de développement artistique.

Jeux-service, népotisme et gestion contestée

Autre point sensible : l’orientation très marquée d’Ubisoft vers les “jeux-service”. Si ce modèle économique est devenu courant dans l’industrie, sa généralisation est jugée préoccupante par une partie des développeurs qui y voient un appauvrissement de la diversité créative. Michaud-Cromp a vivement dénoncé cette direction, estimant qu’elle trahit l’ADN même de l’entreprise, autrefois reconnue pour ses expériences narratives riches et ses licences originales.

Mais c’est sans doute la nomination de Charlie Guillemot à la tête de Vantage Studios qui a le plus cristallisé les tensions. Fils du PDG Yves Guillemot, Charlie incarne selon certains employés une forme de népotisme, un symbole d’un pouvoir familial opaque. Michaud-Cromp s’est montré très critique sur cette décision, y voyant une nouvelle preuve de l’entre-soi au sommet de l’entreprise.

Une dénonciation des privilèges de la hiérarchie

Enfin, le message le plus fort – et probablement le plus risqué – de David Michaud-Cromp visait les dirigeants eux-mêmes. Il y affirmait que les erreurs stratégiques de l’entreprise sont systématiquement payées par les salariés, tandis que la direction « continue de s’enrichir indûment », selon ses propres termes.

« À chaque erreur de la direction, ce sont les employés qui trinquent : suppressions de postes, surcharge, pression… Pendant que les mêmes dirigeants se versent des bonus. »

Une charge frontale, qui remet directement en cause le modèle de gouvernance d’Ubisoft et ses mécanismes de prise de décision. Ce type de propos, bien qu’apprécié en interne par certains, a probablement été considéré comme une atteinte à la cohésion et à la hiérarchie par la direction.

 

Un licenciement contesté et un message officiel

Une sanction qui soulève des questions

Le renvoi de David Michaud-Cromp n’est pas passé inaperçu. Licencier un cadre expérimenté pour des propos critiques, même fermes, soulève inévitablement des interrogations : s’agit-il d’un acte de maintien de l’ordre interne ou d’un aveu de fragilité de la direction ? Dans un contexte où la transparence et le dialogue sont de plus en plus valorisés dans le monde professionnel, la décision paraît en décalage avec les valeurs prônées publiquement par Ubisoft.

D’autant plus que la prise de parole de Michaud-Cromp, bien que directe, s’est faite en interne, et non sur la place publique. Ce choix démontre qu’il espérait provoquer une prise de conscience ou un débat au sein de l’entreprise, et non déstabiliser Ubisoft dans les médias.

La réaction officielle d’Ubisoft

Face à l’écho médiatique, Ubisoft n’a pas tardé à réagir. Par le biais d’un communiqué, un porte-parole a tenu à préciser que ce n’est pas l’expression d’une opinion qui a été sanctionnée, mais bien le non-respect du code de conduite :

« Partager des commentaires ou des opinions avec respect n’entraîne pas de licenciement. Nous avons un code de conduite clair qui définit nos attentes communes en matière de collaboration sécuritaire et respectueuse. En cas de non-respect, nos procédures s’appliquent, avec une gradation des sanctions selon la gravité et la répétition de l’infraction. »

Ce message se veut apaisant, mais il laisse aussi entendre que les propos de Michaud-Cromp auraient dépassé les bornes, sans pour autant préciser en quoi exactement. Une forme de flou juridique qui rend la situation d’autant plus sujette à interprétation.

Le dilemme de la liberté d'expression en entreprise

Cette affaire remet en lumière un dilemme de plus en plus courant dans les grandes entreprises : comment encourager une culture de la parole tout en maintenant une certaine discipline organisationnelle ? Jusqu’où un salarié peut-il aller dans sa critique sans risquer de sanctions ? Et où se situe la ligne rouge entre propos francs et comportement jugé “non professionnel” ?

Dans le cas d’Ubisoft, ce licenciement pourrait créer un climat de méfiance parmi les employés, inquiets de s’exprimer librement, même dans un cadre interne. Et à plus long terme, cela pourrait nuire à la culture de dialogue dont se targuent nombre d’acteurs du secteur.

 

Ce que cela révèle de la culture d’entreprise chez Ubisoft

Un historique de tensions internes

Ubisoft ne traverse pas sa première crise interne. Depuis 2020, l'entreprise est régulièrement citée dans des affaires de harcèlement, de mauvaise gestion des ressources humaines et de culture d’entreprise toxique. Plusieurs figures de haut rang ont été contraintes de quitter leur poste, et malgré des promesses de réforme, le climat semble toujours tendu.

Le cas de David Michaud-Cromp s’inscrit dans cette continuité : celle d’un personnel de plus en plus désabusé, dont certains n’hésitent plus à contester publiquement ou en interne les décisions de la direction. Loin d’être un événement isolé, ce licenciement pourrait bien être le symptôme d’un profond malaise structurel.

Des employés entre loyauté et désillusion

Ubisoft reste, pour beaucoup, une entreprise de rêve. Travailler sur des licences cultes comme Assassin’s Creed, Far Cry ou Watch Dogs est une fierté pour les développeurs. Pourtant, la réalité du quotidien professionnel semble bien plus nuancée.

Les nombreux réajustements internes, les exigences de rentabilité et le manque de reconnaissance dénoncés par certains salariés dessinent une fracture grandissante entre les ambitions créatives des équipes et la logique économique de la direction. Pour un employé expérimenté comme Michaud-Cromp, cette contradiction semble être devenue intenable.

Télétravail et restructurations : une tendance de fond ?

La question du télétravail cristallise aujourd’hui de nombreux débats dans l’industrie du jeu vidéo. Après l’expérience pandémique, de nombreux studios avaient vanté les mérites du travail à distance, avant de faire machine arrière. Ubisoft n’est pas une exception, mais son revirement brutal et sa communication maladroite en ont fait un cas d’école de mauvaise gestion du changement.

Les restructurations, elles, font désormais partie d’un processus plus large dans l’industrie : rationalisation, fusions, recentrage sur les titres les plus rentables. Mais à quel prix ? Celui du moral des équipes, de la diversité créative et peut-être même de la réputation d’une entreprise qui, jadis, faisait figure de modèle.

 


En quelques mots

Le renvoi de David Michaud-Cromp ne se résume pas à une simple mesure disciplinaire : il cristallise de nombreuses tensions latentes au sein d’Ubisoft. D’un côté, une direction soucieuse de maintenir l’ordre, la productivité et son image publique ; de l’autre, des employés de plus en plus critiques, qui dénoncent un écart croissant entre les valeurs affichées et la réalité du terrain.

L’affaire pose aussi des questions plus larges sur la place de la parole en entreprise, le droit à la critique, et les limites du code de conduite dans un environnement créatif. Elle souligne enfin le malaise d’un secteur en mutation, où les choix économiques se heurtent souvent à des aspirations humaines et artistiques profondes.

Ce licenciement ne marque peut-être pas une rupture nette dans la trajectoire d’Ubisoft, mais il agit comme un signal d’alarme, pour une entreprise qui devra bientôt choisir entre gestion autoritaire et réinvention de sa culture interne.

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Ubisoft

Líder mundial en videojuegos, creador de franquicias icónicas como Assassin's Creed y Far Cry, ofreciendo experiencias inmersivas e innovadoras.

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