
Le monde du jeu vidéo en ligne vient de subir un nouveau séisme. Ashes of Creation, un MMORPG très attendu par la communauté, semblait enfin prendre vie après des années de développement, avec un lancement en accès anticipé le 11 décembre dernier sur PC. Pourtant, à peine quelques semaines plus tard, la sentence est tombée : le jeu est en passe d’être abandonné, et Intrepid Studios, son développeur, de disparaître totalement.
C’est Steven Sharif, fondateur et ancien PDG d’Intrepid Studios, qui a déclenché l’alerte via un message posté sur Discord. Ce dernier, visiblement évincé de l’entreprise, a annoncé sa démission ainsi que celle de la majorité de l’équipe dirigeante, suivies d’une vague de licenciements massifs décidée par le nouveau conseil d'administration. Le constat est alarmant : plus aucun développeur ne travaille désormais sur le jeu, laissant présager une fermeture imminente.
Dans cet article, nous revenons sur cette chute aussi soudaine que dramatique, entre tensions internes, décisions controversées, et incertitudes juridiques. Une situation qui soulève de nombreuses questions sur la gouvernance dans les studios indépendants et la protection des joueurs face à ce type de dérives.
Une fin brutale pour Ashes of Creation
Un MMORPG très attendu lancé en décembre
Après des années de développement ponctuées de promesses ambitieuses, Ashes of Creation a enfin vu le jour le 11 décembre dernier sous forme d'accès anticipé sur PC. Porté par une campagne de communication efficace et une vision ambitieuse mêlant PVE, PVP et une gestion dynamique du monde via un système de "nœuds", le jeu avait réussi à attirer une communauté passionnée, avide d’un MMORPG qui bousculerait les standards du genre.
Les premières semaines ont vu un nombre honorable de joueurs s’investir dans ce nouveau monde, avec des retours oscillant entre admiration pour le potentiel du jeu et critiques sur son état encore très brut. Beaucoup espéraient que le temps permettrait de corriger les défauts, de peaufiner les mécaniques et d'enrichir le contenu.
Mais cette lune de miel n’aura été qu’un mirage. À peine deux mois plus tard, le couperet tombe : le studio est à l’arrêt complet, et l’avenir du jeu s’effondre.
Une réception mitigée mais une communauté active
Ce qui rend la situation encore plus choquante, c’est que Ashes of Creation n’avait pas totalement raté son lancement. Certes, des bugs techniques, un manque de contenu endgame et des serveurs instables ont été pointés du doigt. Toutefois, le projet restait soutenu par une base de fans convaincus, habitués aux accès anticipés imparfaits et prêts à patienter.
« Le système de nœuds était prometteur. On sentait que le monde pouvait vraiment évoluer selon les actions des joueurs. C’est une perte énorme. » — témoignage d’un joueur sur Reddit
La communication transparente du fondateur, les livestreams réguliers et la roadmap partagée laissaient espérer une trajectoire à la No Man’s Sky ou Baldur’s Gate 3, où un départ laborieux précède un envol spectaculaire.
Mais aujourd’hui, cette communauté se retrouve abandonnée, et ce qui devait être le renouveau du MMORPG indépendant semble avoir pris fin dans le chaos organisationnel.
La crise interne : licenciements et démissions
Steven Sharif contraint à la démission
Le point de rupture est survenu début 2026, lorsqu’un message personnel de Steven Sharif, fondateur d’Intrepid Studios, a été publié sur Discord. Dans ce communiqué chargé d’émotion, il révèle avoir perdu le contrôle de son entreprise, dénonçant des décisions du conseil d’administration qu’il juge contraires à ses principes éthiques.
« J’ai choisi de démissionner en signe de protestation plutôt que d’associer mon nom ou mon autorité à des décisions que je ne pouvais soutenir moralement. » — Steven Sharif
Cette déclaration marque la fin d’un leadership fondateur incarné par une figure très présente auprès de la communauté. Sharif, qui s’était investi personnellement et financièrement dans le développement du jeu, laisse entendre un conflit interne grave, mêlant désaccords idéologiques, problèmes de gouvernance et pressions du conseil.
Son départ a provoqué une réaction en chaîne immédiate au sein de l’entreprise.
Licenciement collectif de toute l’équipe
Dans les heures suivant cette annonce, une grande partie de l’équipe dirigeante aurait également présenté sa démission. La réaction du nouveau conseil d’administration a été brutale : émission de préavis de licenciement collectif sous la loi américaine WARN, puis renvoi de l’intégralité du personnel.
Le résultat ? Plus aucun développeur ne travaille désormais sur Ashes of Creation. Toutes les équipes — artistique, technique, narrative — ont été affectées. Un message interne relayé par des employés évoque la fermeture définitive du studio, sans indemnisation à venir pour les salariés ni plan de transition.
La situation rappelle de sombres précédents dans l’industrie, où des studios prometteurs s’effondrent après des conflits de pouvoir internes. Mais ici, l’effet est d’autant plus dramatique que le jeu venait à peine d’être lancé.
Les raisons évoquées par le fondateur
Perte de contrôle de l’entreprise
Selon Steven Sharif, tout a basculé lorsque le conseil d'administration d’Intrepid Studios a commencé à prendre des décisions unilatérales. L’entrepreneur, pourtant à l’origine du projet et figure emblématique de son développement, a affirmé ne plus avoir aucun pouvoir exécutif réel dans les dernières semaines précédant la fermeture.
Ce changement de gouvernance n’a pas été expliqué publiquement dans le détail, mais Sharif évoque clairement une prise de contrôle hostile, ou du moins un basculement du pouvoir décisionnel vers des acteurs dont les intérêts semblaient diverger fortement de ceux des développeurs.
« Le contrôle de l’entreprise m’a échappé, et je ne pouvais plus moralement cautionner les décisions prises. »
Ces déclarations suggèrent un conflit d’intérêts majeur entre les ambitions créatives du studio et les objectifs financiers ou stratégiques de ses investisseurs ou dirigeants.
Désaccords éthiques avec le conseil d’administration
Sharif met en avant des désaccords d’ordre éthique, sans entrer dans les détails pour des raisons juridiques. Il insiste néanmoins sur le fait que son départ fut un acte de protestation contre des directives qu’il jugeait moralement inacceptables.
Cela pose une question fondamentale : quelles décisions le conseil souhaitait-il imposer ? S’agissait-il de monétisations agressives ? De réductions de personnel massives ? De modifications de la vision artistique du jeu ? Faute de transparence, les spéculations vont bon train.
Ce flou alimente l’inquiétude des joueurs, qui redoutent que le jeu ait été sacrifié sur l’autel de décisions purement financières. La désillusion est d’autant plus forte que Ashes of Creation s’était toujours positionné comme un MMORPG respectueux de sa communauté, sans pay-to-win ni microtransactions abusives.
Conséquences financières et risques pour les joueurs
Salaires non versés en février
Au-delà de la perte du jeu, les conséquences humaines de cette fermeture sont désastreuses. Un message interne diffusé parmi les anciens employés confirme que les salaires de février ne seront pas versés, mettant brutalement fin à toute forme de sécurité financière pour les développeurs.
Cette décision laisse penser que le studio n’a plus aucune trésorerie, ou que la nouvelle direction a choisi de liquider les actifs sans honorer ses engagements. C’est un coup dur pour des salariés déjà choqués par la tournure des événements, et cela pourrait également entraîner des poursuites judiciaires ou une action de groupe de la part du personnel lésé.
Dans l’industrie vidéoludique, encore trop souvent marquée par une précarité structurelle, cette situation vient illustrer une fois de plus les dangers d’une gouvernance instable et opaque, même dans des structures de taille moyenne.
Possibilité de recours collectif et remboursement
Côté joueurs, la réaction ne s’est pas fait attendre. De nombreux internautes, notamment sur Reddit et les forums officiels, évoquent la possibilité d’un recours collectif afin d’obtenir un remboursement des sommes investies. Certains ont payé pour l’accès anticipé, d’autres pour des packs fondateurs allant jusqu’à plusieurs centaines d’euros.
« Le jeu vient à peine de sortir. On a investi dans un projet encore en chantier. C’est inacceptable qu’il s’arrête net. » — commentaire sur Discord
Même si les conditions d'utilisation stipulaient probablement que l’accès anticipé n’offrait aucune garantie de version finale, la brutalité de l’arrêt et la désorganisation interne pourraient offrir des marges de manœuvre juridiques aux plaignants. Des cabinets spécialisés dans la défense des consommateurs pourraient rapidement se saisir de l’affaire, d’autant que les sommes engagées, cumulées à l’échelle mondiale, pourraient être significatives.
En l’absence d’un représentant officiel ou de service client actif, le sort d’Ashes of Creation reste incertain, et ses joueurs abandonnés se retrouvent face à un vide juridique et émotionnel.
En quelques mots
La chute d’Ashes of Creation est un échec brutal et symbolique dans l’univers du jeu vidéo en ligne. Ce MMORPG, qui portait les espoirs de milliers de joueurs en quête d’un monde persistant et vivant, disparaît dans des circonstances tragiques, mêlant désillusion artistique, conflits internes et naufrage managérial.
L’histoire est d’autant plus frappante qu’elle ne résulte pas d’un échec commercial ou d’une mauvaise réception du jeu, mais bien d’une implosion en interne. Les déclarations de Steven Sharif dessinent le portrait d’un studio trahi par ses propres structures de gouvernance, incapable de protéger ni son projet, ni ses employés, ni ses joueurs.
Cette affaire met en lumière les fragilités du modèle des accès anticipés, la dépendance des studios aux décisions de leurs investisseurs, et les limites de la protection juridique pour les communautés qui soutiennent ces projets.
En définitive, Ashes of Creation laissera un goût amer : celui d’un rêve avorté, d’un potentiel gâché, et d’une communauté laissée sans réponses. Une triste leçon pour l’industrie, mais aussi un signal d’alarme pour les développeurs et les joueurs engagés dans des projets indépendants d’envergure.